Cercle littéraire de l'Encre noire

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 [nouvelle pseudo-historique]

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-bao-
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Nombre de messages : 183
Localisation : Levallois (92)
Date d'inscription : 19/04/2006

MessageSujet: [nouvelle pseudo-historique]   Mer 26 Avr à 20:34

( courte nouvelle à la longueur imposée, et oui c´était une nouvelle notée)










. 1.




Un ciel bleu pâle constellé de gros nuages gris semblait annoncer une nouvelle après-midi de pluie. Ce mois de mars, pareil à tant d’autres, froid et routinier donnait l’impression d’apporter un vent de regrets. Pourtant, en dépit de tout, les hommes en habits sombres s’affairaient au son d’un disque d’une de ces chanteuses récemment montées sur Paris.
Quelques jeunes femmes en robes blanches, nerveuses et agitées comme des fourmis un soir d’été, regardaient les hommes, d’un air réprobateur.
Au loin, les grandes orgues entonnèrent une marche singulière. Emile scrutait l’incessant ballet de jolies Catherinettes immaculées et des hommes à la barbe fleurie dont se distinguaient de jeunes gens à la tenue impeccable. L’un de ces hommes, tout juste majeur ( qui avait encore un regard d’enfant) jaugea ses chaussures crottées.
Emile ne pût s’empêcher de maugréer : -« les jeunes de la ville, pensa-t-il dans un demi sourire ». Il prit son harmonica chromé et entama une ballade aux accents irlandais, tout en tapant du pied sur une des planches recouvrant la terre boueuse. Le Lyonnais vînt s’asseoir près de lui, écouta un instant puis demanda :
- La femme du vieux canut, t’y connaîtrais pas ? »
Emile fît signe que non.
Les orgues reprirent de plus bel, couvrant le reste du tumulte.
-Qu’est-ce que je peux détester ça, grommela le Lyonnais.
Et il alla se rasseoir un peu plus loin. Emile remit son harmonica dans sa poche. Une de ces jeunes dames le fixa un instant et sourit, mais fut de suite rabrouée par une femme grande et sèche, apparemment plus âgée.
Maintenant qu’il était de nouveau seul et qu’il avait suffisamment lutté contre l’impatience de le faire, il ouvrit la lettre. En effet, Emile avait toujours prit son temps dans ce genre de choses, il prenait le temps.
De manière à savourer chaque syllabe, chaque mot de ces missives et d’une autre façon, pour ne pas trop vite regretter le moment où le courrier n’était pas encore déplié.
Il lut la lettre qui ne comportait pas de date.


Cher Monsieur Choisey,

J’espère que malgré ce que vous endurez, vous gardez l’honneur
et la franchise que je vous connais. Sachez que je pense bien à vous.
Hier matin, nous sommes arrivés à Paris. Le déménagement s’imposait
vu tous ces désagréments ! Mon père dans sa grande propension à nous
gâter, nous a emmené voir « la Belle Hélène » d’Offenbach. Cela est bien
meilleur que du Wagner ! Je vous le dis comme je me suis empressé de le
dire à ma sœur Victorine. Mon cher Emile revenez nous vite.

P.S : Demain, nous irons acheter du Muscat.

Votre respectueuse amie, Amélie.


Emile eut un petit sourire en pensant à la charmante Amélie qu’il n’avait rencontré que quelques mois plutôt. Le temps de replier sa lettre, une détonation assourdissante se fit entendre. C’était le mois de mars, mars 1916 .


. 2.


Un soleil crépusculaire flamboyait à travers la grande tente, lorsqu’ Emile commença à revenir à lui. La tempête de feu et de poussière semblait avoir disparu d’elle même. Le silence rendait irréel les horreurs qu’il venait de voir. Tant et si bien qu’il se demanda un instant s’il ne s’était jamais levé. Il lutta contre un bourdonnement grandissant dans sa tête . Emile essaya de se relever autant qu’il lui était possible. Un regard sur la gauche lui permit de découvrir un espace rempli de brancards et de lits d’appoint. De l’autre côté, un officier remuait sans bruits les lèvres en direction d’une infirmière. Les vibrations dans son crâne se turent, aussitôt remplacées par un sifflement strident dans ses oreilles . Il reposa aussitôt la tête sur l’oreiller pour apaiser le bruit lancinant . Ses cheveux étaient poisseux d’un fluide qu’il ne pût examiner du fait de ses bras endoloris. Les sifflement cessèrent ce qui lui permit d’entendre la voix de l’officier quoiqu’il n’en comprit pas le sens. Il poussa alors de toutes ses forces pour relever la tête mais la souffrance lui arracha un cri. Retombant lourdement sur le brancard, il s’évanouit. Les ténèbres s’engouffrèrent dans sa conscience.


Au bout d’un moment semblable à une éternité, le visage ravissant d’Amélie lui apparut en rêve. Elle tenait entre ses doigts une plume sergent-major qui paraissait mut par une volonté propre. La jeune femme se leva et entreprit d’écrire « AMELIE » sur le mur blanc du salon. Puis d’un mouvement brusque, elle planta sa plume dans le A de son prénom. Elle s’assit près d’un gros bloc de marbre noir qui se révéla être un piano. Quelques instants plus tard, les lettres M E L I E restantes changèrent de disposition entre elles pour devenir « EMILE ». La jeune femme riait.

Une ombre passa devant ses yeux. Puis une seconde aux allures d’un sombre animal volant. La chauve souris s’immobilisa sur son visage. Emile ouvrit les yeux comme après une courte sieste.
- Ah, il se réveille enfin !
Une voix délicate répondit.
- Il a été protégé par une caisse en bois, dîtes-vous ?
- Oui, mais le souffle de l’explosion l’a fait perdre connaissance. Par contre pour les autres, ils… Sa voix caverneuse s’estompa ».
Il s’aperçut que l’infirmière qui s’entretenait avec le chef de service était celle qui lui avait sourit avant la déflagration. Une douce chaleur émanait de la jeune femme. Elle l’aida à s’asseoir contre la toile de la tente L’infirmière posa un mouchoir bleu sur son front et caressa son visage avec, avant de s’éloigner. Le tissu sentait la fragrance légère d’une fleur des champs.
Emile bafouilla quelques mots avec difficulté.
Pour toute réponse, le Médecin lui tendit un petit objet métallique. La plaquette de fer était étrangement plate, semblable à un bout de métal passé sous les roues d’une locomotive.
- Mon harmonica, dit-il en manipulant l’instrument
- Vous voyez de quoi vous revenez lui dit le médecin dans un sourire. D’autres n’ont pas eu votre chance !
Emile songea au Lyonnais et à Lucien son ami d’enfance enrôlé le même jour que lui.
Il lui tapota l’épaule et ajouta :
- Votre officier m’a fait dire que votre permission est dans trois jours, alors profitez-en pour vous reposer.
- Je suis ici depuis 4 jours ! Emile n’en revenait pas d’avoir été inconscient si longtemps.
- Tâchez de dormir cette nuit. Demain, il faudra y retourner.


. 3.




La pluie battante et la fange nauséabonde. L’ennui. L’eau qui martèle le casque du soldat, le plongeant dans une torpeur mortifère. Emile repensait aux quelques mots qu’il avait trouvé dans la lettre d’Amélie posée sur son lit à l’hôpital. « Je suis sûr que vous allez bien », «Il faut que vous venez me voir pour votre permission », « Mon père a hâte de vous rencontrer ». D’autres phrases étaient encore plus badines. Elles n’avaient tout simplement aucun sens ici : « Vous demanderez à Joséphine Baker ce quelle fera à la fin de la guerre » ou bien encore « Je dois vous montrer cette tenue chinoise en soie bleue ». L’image de la douce infirmière chassa Amélie. A intervalles réguliers, Emile entendait les commentaires du Capitaine commentant les coups sur l’échiquier. Les officiers étaient au chaud tandis que le niveau de la boue montait dans la tranchée. Le caporal sorti de l’alcôve et prit place au milieu des hommes ( il en manquait le tiers). Il regarda sa montre et se contenta de dire posément.
-Vous savez ce qu’il y a à faire !
Emile était exempté de l’assaut de cette fin de semaine, en raison de ces nausées. Les autres soldats inaptes au combat s’étaient réunis pour jouer à la Manille un peu plus loin . Bien que la plupart des blessés demeuraient aux mains des chirurgiens.
Il tourna la tête pour ne pas voir monter ses compagnons monter les échelles au son des « Vive la France ! » du Sergent. Parmi eux se trouvait Lucien. A peine Emile eut-il le temps de se diriger vers le coin des officiers que les premiers claquements de fusils retentirent.


Trois jours plus tard, Emile sur le point de partir en permission, fut hélé par le Capitaine. A sa grande surprise l’officier lui tendit une nouvelle lettre. Le gradé avait un air amusé à la vue de l’écriture féminine sur l’enveloppe. Emile ne goûta pas la plaisanterie. L’officier lui donna quelques recommandations telles que de ne pas partir trop loin ou dans les petits villages susceptibles d’être la cible d’attaques de déserteurs allemands. Ceux-ci si soucieux de ne pas être repris par l’Armée du Kaiser étaient prêts à tout. Le capitaine ajouta avant de partir qu’il aurait apprécié le rencontrer dans d’autres circonstances . Le fait que son Capitaine lui parle si ouvertement le troubla légèrement. Il se contenta de le faire son salut militaire.
Emile rejoignit l’arrière en passant par plusieurs galeries. Il jeta un coup d’œil à l’enveloppe qui était déchirée sur une petite surface. Il put lire «…irons voir une pièce de théâtre…». Emile regarda le ciel et jeta la lettre par terre.
Il n’avait pas trop d’idées sur l’endroit où il passerait ces deux semaines. Son vieux père était trop loin dans le sud et le peu d’argent qu’il lui restait, Emile lui enverrai. Il mit deux francs dans une poche tout en pensant au prix de deux chocolats chauds.
Il se dirigea vers la grande toile pourvue d’une énorme croix rouge surs ses flancs. Il huma le délicat parfum du mouchoir bleu tandis qu’il entrait dans la tente .
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MessageSujet: Re: [nouvelle pseudo-historique]   Mer 26 Avr à 20:37

Ouarf on sent que j'ai fait des efforts pour rallonger mes phrases depuis l'année dernière. J'ai l'impression que c'ets écrit à la mitraillette).
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