Cercle littéraire de l'Encre noire

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 Début d'une nouvelle assez longue.

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-bao-
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Localisation : Levallois (92)
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MessageSujet: Début d'une nouvelle assez longue.   Jeu 15 Juin à 23:48

Ca reste encore un brouillon, mais je préfère m'avancer avant de reprendre le fignolage. Ma mise en page est plus propre sur open office.




LE PEUPLE DE L'EAU




Avant le drame qui se déroulerait de façon insoupçonnée et au limite de la compréhension commune, la ville de Trémière n'avait eu dans son passé à frémir que d'une petite escarmouche entre Bleus et Chouans. Bataille qui s'était interrompu sur la mort du seul âne qui d 'une balle perdue avait rendu impossible l'apport de vivres pour le village royaliste, obligeant les partisans de la Rochejacquelein à la débandade. De nos jours, la seule originalité locale était une vieille demeure à l'écart du village et semblant dominer le plateau prétentieusement. De sa petite maison cossue sur ce littoral charentais, Nadine pouvait en être fière. Quinze ans pour enfin acquérir ce petit bijou de pavillon blanc à l'image d' une barrière fraîchement repeinte, cela en valait finalement bien la peine et ce n'est pas son mari qui aurait pu y changer quoique ce soit. Elle l'avait remarqué sur une vieille photo jaunie de Trémière et depuis ce jour le pavillon avait peuplé ses rêves au point de la décider à l'acquérir à tout prix. Il s'agissait d'une bâtisse rectangulaire faisant face à l'océan, ancienne demeure d'un musicien sombré dans l'oubli comme tournée vers une inspiration qui lui avait fait défaut, vu la nécessité de la revendre au terme de et bson ultime insuccès. Et si ce pauvre bougre n'était pas passé à la postérité cela avait eu l'avantage de la payer à crédit sans en venir à vendre son âme, quoique Nadine n'aurait pas à en profiter bien longtemps. Sur ce genre de petites réflexions mélangeant fierté d'être une parisienne bien parvenue et qui sait détentrice de vieilles partitions qui comme chacun le sait ont plus de valeur posthumes, elle remonta l'allée en ardoise blanche du lieu-dit. Le tac-tac de ses talons sur le sol calcaire était une sorte de signe pour la maisonnée, alertant fils et père de l'arrivée de madame l'intendante du logis. Or en cette fin d'après-midi alors que le temps tournait à la copieuse averse, seul le bruit du réfrigérateur l'accueillit lorsqu'elle enclencha le pêne de la serrure.
-Je suis rentrée, il n'y avait pas le modèle de papier peint que tu cherches, dit Nadine Trévier en déposant un sac en papier recyclable sur la table en formica de la cuisine. Ce que ces sacs pouvaient l'exaspérer avec ce système de anses qui se déchirent d'eux-même dès qu'on les soulève. Puis prenant compte qu'aucune voix n'avait répondu depuis son retour, elle se souvint que Philippe avait emmené son fils au cinéma voir une de ses horreurs qui rendent vos enfants violents et définitivement réfractaires à manger quoique ce soit de vert et de sain. Ce n'était pas faute de jardiner. Au moins elle disposerait d'un peu de temps pour se relaxer dans un bain d'eau chaudement savonneuse. « Le temps libre est un luxe, se dit-elle pour se persuader d'en profiter le plus possible ». Déposant ses chaussures contre le mur, elle grimpa les degrés de l'escalier de la pointe des pieds avec un sourire de plaisir anticipé. Les pieds nus dans la moquette bleu-azur, elle ne se le permettait que lorsque le petit n'était pas là, il était bien trop réfractaire à porter des chaussettes. Tirant délicatement sur le peignoir rose pâle elle eu tôt fait de le déposer sur le lavabo, faire couler l'eau et verrouiller la porte de façon à ne pas être interrompu lorsqu'ils reviendraient. Elle ne sortirait que lorsqu'elle aurait décidé avoir suffisamment macéré dans son bain. Se déshabillant face à l'étendue d'eau, elle fût frappée d'effroi.
Son visage dans l'eau reflétait un faciès gris et sinueux parfaitement immobile. Poussant un petit cri de stupeur elle se toucha les pommettes du bout des doigts pour vérifier qu'elle n'avait pas vieilli à vue d'oeil.






Pour un peu, cela l'aurait amusé d'être aussi peureuse. Son visage était bien en place, rien n'y semblait différent (elle ne put s'empêcher de vérifier dans la glace trônant au dessus du lavabo). Une fois le choc passé elle se mit en devoir de trouver la source de cette peur. PAS BON. Cela n'était qu'un peu de fatigue dû à une longue après-midi de marche en ville et le faible éclairage de la fenêtre avait rendu dans l'eau un reflet déformé, avilissant. Superstitieusement, elle plongea la moitié de sa main dans l'eau avant de se persuader d'y rentrer pour de bon. L'eau était plus chaude qu'à l'habitude. Arthur avait du prendre une douche avant de partir au ciné ou alors le mitigeur recommençait une nouvelle fois à faire des siennes. La maison du haut de ses trois-quarts de siècles demandait encore quelques rénovations par endroits. Penser à la tuyauterie qu'il faudrait changer suffit à la refroidir. Ou bien la petite frayeur de tout à l'heure l'avait échaudé ou alors la perspective que la maison révélait enfin le véritable prix à payer pour atteindre la perfection qu'elle désirait, cette trempette ne la satisfaisait plus. Cinq minutes histoire de ne pas gâcher l'eau et elle ressortirai du bain. A moins que quelque chose en décide autrement.
Au dehors la pluie se mit à battre.








*
* *






Entouré par les ombres aqueuses, le petit véhicule poursuivit sa plongée entraînant dans sa course une colonne bouillonnante. Seul le vrombissement du couple d'hélices fendait le silence abyssal. Cette obscurité permanente, le Capitaine Gerdillon et son équipe de scientifiques français, s'y étaient précipités depuis vingt-huit heures déjà. Tous étaient rivés sur les divers enregistreurs qui commentaient la lente descente monotone vers l'ultime sol de notre sphère.
Explorateurs du dernier royaume sauvage, pénétration verticale dans la strate, devenue le final refuge des chimères et autres rêves insensés permettant encore aux doux hallucinés de croire au merveilleux. Là dans quelque recoins d'eau glacée noirâtre se trouvait peut-être encore le krâken viking ou le léviathan de la bible.
Gerdillon se rendait-il compte qu'il était sur le point de sceller à jamais les portes de notre univers de tendre crédulité ? Sacrifiant à l'obscurantisme
Déclarant victorieux, le dernier assaut de la science sur des millénaires de révérencieuse appréhension sur ce qui est au dehors/l'autre part. L'ailleurs. Qui pourra à nouveau frissonner d'anticipation, la Nuit des Esprits chère à Bram l'irlandais et l'ombre aqeuse tant redouté par le marin d'un long reptile sinueux ? Un éon de merveilles sur le point de s'achever, sacrifice contre l'obscurantisme.
Quoiqu'il en soit, l'homme de science entre deux âges en pleine lecture de l'altimètre n'en avait cure. Digne héritier de quatre siècles de découverte, explorateurs et submersible fondaient sur l'ultime


territoire de Neptune. A travers les kilomètres de flots, rien ne perturbait les ténèbres mouillées que
trois lances de lumières guidant le nautile. Semblant contredire l'immuabilité tranquille, une créature vînt distraire cet équipage de Dame technologie par son zigzag entre les pâles faisceaux de lumineux. L'anatomie curieuse et non référencée ne manqua pas d'alerter Sophie Vestiel, biologiste du groupe. Une fine masse translucide ponctuée d'appendices caudaux qui propulsait l'animal à la manière d'autant de dauphins.
-Tiens regardez moi ça, il faut que je la référence, s'écria la biologiste, qui aussitôt effectua un difficile schéma de la bête en mouvement, les caméras peinant à suivre le petit corps fuselé.
-Tu dirais quoi Vestiel, piscidé ou arthropode ?
-Je ne sais pas Brice, mais ça m'étonnerait que ça soit si franchement distinct l'un de l'autre. Regarde ses protubérances, le mouvement a beau être celui d'un tentacule, la matière est proche de celle des méduses. Il était vrai que l'animal non répertorié semblait couverte d'une mince dentelle jaune qui en se convulsant par quelque muscle la propulsait grâce au battement de ses queues.
Gerdillon se proposa alors d'éclairer l'aquaticole en braquant un des projecteurs sur lui.
Personne n'ayant protesté, l'explorateur s'apprêta à le viser quand le mi-arthropode mi-mollusque passa de lui-même à travers le rayon jaune.
L'animal indéterminé, se mit alors à doubler de volume et s'enfuit dans la nuit comme gonflé d'une lumière indésirable qu'il viendrait d'ingurgiter, ne manquant pas de surprendre le hardi aventurier dont la vie n'avait pas été avare en épisodes surprenants et bien souvent à la limite du dangereux. Un instant la créature sembla avoir changé de forme, doublant de volume et fuyant devant le sous-marin, elle laissa l'équipage entier dans une stupéfaction à peine croyable.
Quelques minutes de stupeur muette eurent tôt fait de leur rendre leurs esprit; seul le bip-bip d'un appareil de mesure de pression découpait le silence.
Brice, enfin, brisa le mutisme ambiant :
-Ouah, qu'est-ce qui a bien pu lui arriver, elle semble s'être goinfrée de la lumière émise par la lampe. Personne n'osa proposer une explication alternative à ce que proposait le sous-marinier. Comme pour montrer à tous sa véritable nature, la chose poignit de l'obscur horizon, ce qui laissait admettre une grande célérité entre le moment où ils l'avaient quitté des yeux et maintenant qu'elle reparaissait loin devant eux, fière de son petit effet elle entama d'aquatiques arabesques sous les yeux de Gerdillon et les autres. Sa courbe semblait plus fine que lords de son irradiation à la source lumineuse mais nettement plus épaisse qu'à sa première rencontre avec le sous-marin de poche, plus véloce également. Un léger halo phosphorescent jaune fit comprendre à tous que la bestia aquatica ayant absorbé les photons, dépensait l'énergie supplémentaire.
-Regardez ça agit comme un carburant ! Elle perd encore un peu de sa masse, s'égosilla Vestiel alors que la créature entamait ce qui aurait pu être le double Himmelman d'un aviateur. Mais ce que je ne comprends pas, c'est comment elle peut se nourrir photons dans ce noir d'encre...l'espèce devrait finir par dépérir.
La réflexion toute scientifique ne paraissait préoccuper ni Gerdillon ni Brice, pleinement concentrés sur le ballet qu'interprétait par l'animal spongieux. Une vrille, une chandelle et pour finir, une descente en spirale. Qui aurait pu croire que Vestiel dont la soeur était danseuse, lui trouverait une sévère concurrente par douze cent mètres de fond ? Elle se prit à rire de cette image. Gerdillon en grand lunatique, après avoir été fasciné un moment par ce spectacle, se décida à reprendre la série de clichés et d'enregistrements sonores.
-Avec cette lumière, les photos ne donneront rien sur elle, et aussitôt il s'exécuta à accélérer la descente. Voulant garder un instantané en dépit des enregistreurs vidéos qui tournaient, Gerdillon fixa le vaste océan, prêt à prendre la créature en plein mouvement. Elle se faisait attendre la petite bourgeoise se dit le capitaine quarantenaire, le sourire des gens satisfait d'un bon mot grivois aux lèvres.
Depuis sa nouvelle chute à tombeau ouvert dans les profondeurs sous les yeux horrifiés de Sophie, pensant qu'elle allait être comprimés par la pression en une poignée de chaires luminescentes, l'anomalie biologique n'avait pas réapparu. Déçu par son manque de chance, Gerdillon repris son rôle de chef d'équipe après cette petite récréation intervint, laissant pointer dans sa voix une vague lassitude.
-Je vous rappelle qu'on est pas là pour jouer les Cousteau Brice, tu me fais une analyse de l'eau et vite!
A peine Brice Chambert; avait-il fait entrer une vingtaine de centilitres d'eau dans un compartiment par l'ouverture d'une trappe automatique en pivotant sur son siège amovible, qu'une diode se mit en marche, illuminant d'un bleu glauque les commandes environnantes. On eu dit alors que le capitaine allait s'effondrer suite à une crise de tétanie en entendant l'alarme qui accompagnait le clignotis de la L.E.D.
-Branche le R17, immédiatement. L'ajout de l'adverbe n'était pas un maigre indice quant à la frayeur du capitaine. Une fois le système en place, chacun pu entendre ce que le système enclenché faisait jaillir d'une petite enceinte grise : un sinistre grésillement qui ne pouvait s'apparenter à aucune chose saine et de bonne augure. Et pour cause se bruit lent plongeait nombre d'ukrainiens dans l'horreur.
A mesure que la descente s'effectuait, le grattement sonore s'intensifia au point que Sophie ne tenant plus, s'enquit de ce qu'il était en train de se passer.
-Gerdillon, qu'est-ce donc ? Je ne comprends...,bientôt interrompue par le capitaine coupant court à la question. Gerdillon qui n'appréciait pas qu'on l'appelle sans mentionner son " grade " quand bien même il était scientifique s'empressa d'éteindre l'instrument donnant l'impression que la question l'embarassait.
-Un mesureur de saturation d'oxygène pur.
La moue dubitative de Sophie Vestiel montra qu'elle ne prenait pas à ce petit jeu.
-Ca m'avait plutôt l'air d'un compteur Geiger, répliqua Brice, surpris par la fonction de l'appareil et son utilité au beau milieu de l'océan atlantique.
Toutefois cela dissipa les derniers doutes dans l'esprit de la biologiste.
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