Cercle littéraire de l'Encre noire

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 Si je reviens....[pas de titre pour l'instant]

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-bao-
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MessageSujet: Si je reviens....[pas de titre pour l'instant]   Lun 9 Oct à 13:07

La nouvelle se voulait lovecraftisante et puis au fil du texte, a pris son indépendance pour retrouver que peu de l'atmosphère.
Merci Kipling pour cette lecture de l'Inde enchanteresse.



Si je reviens en ce lieu maudit pour une dernière fois, il faut savoir que c'est par nécessité de retranscrire ces fâcheux évènements qui ont et mis fin à la grande lignée des Bowes-Shelley et ruiné les ultimes lambeaux de ma capacité à juger. Santé mentale qui depuis trois mois s'effrite vers un delirium tremens des plus aigus. En ce 18 octobre, la plume hésitante et le geste fébrile, je relate la perdition des miens par un de ces hasards les plus inouïs. Un peu peu comme si l'ironie du sort avait placé sur le chemin de notre destin, l'objet le plus insignifiant, le plus surprenant – le plus incongru devrais-je dire – non sans une once d'humour tragique.
Les dieux mânes incarnés dans cette immonde créature s'en sont allés, pour un court instant, daignant m'accorder tel un bourreau avant son office, le fugace répit d'une dernière introspection.
Je n'ai pour ainsi dire que ce bref moment pour revenir sur cette période, ne me laissant face à mes antépénultièmes heures, ni le choix de la mort, ni son modus operandi. Fleuron d'une aristocratie anglaise sur le déclin en ce siècle naissant, il ne nous appartient pas de régler par nous mêmes ce genre de détails répréhensibles. C'est donc non sans émotion que je rédige le testament qui je l'espère, survivra à son faible auteur. J'entreprends par un effort qui me semble au-dessus de toutes mes forces restantes réunies, d'accabler par un écrit ce fléau de notre " gens nobilitia " entière. Le trop plein d'adrénaline, me fait croire à son retour à chaque nouvelle minute qui passe. Plus la lumière du jour pénètre à travers le coton de poussière, plus l'impression que notre injuste Némesis ne me laisse espérer que pour me faire d'avantage souffrir lors de la confrontation qui me verra tomber inerte, moi Jeddediah Bowes-Shelley 6ème héritier d'un armateur du Sussex émigré à Damas. Où le travail des armes blanches prisés pour les duels d'honneur et les douces soieries indiennes exotiquement colorées, firent sensations dans le Tout-Londres. De ces pérégrinations longues et éreintantes, mon aïeul en garda le secret le plus total sauf une expédition ratée en Amérique tropicale, région que ses contemporains ne goûtaient que très modestement et avec raison.
Accompagné de ce grand ami, jeune explorateur dilettante peu renseignés sur la dureté de la vie là-bas, il fut le seul à revenir vivant de ce périple maudit. Toutefois, il ramena comme seul témoin de ses mésaventures, un ara gris aux empennes écarlates, auquel il se lia très rapidement. On n'aurait pu y voir le signe que le vieux trisaïeul considérait son perroquet comme le dernier souvenir d'une amitié forte avec son ami, mort d'une de ces maladies que même les indiens ne connaissent pas et évitent précautionneusement.
Amaigri et usé par les années, le patriarche ne nous permit jamais de penser la même chose du volatile. Était-ce ce plumage sombre dont le bout de l'empennage écarlate semblait avoir été trempé dans du sang indigène, je ne saurais-dire, mais un événement allait écourter cette gêne.
Décidé à reprendre ses affaires en Asie, il repartit seulement quelques mois après son retour, son animal avec lui. Il ne resta parmi nous que le temps de mobiliser quelques fonds – c'est dire si l'aventure sud-américaine avait été un inestimable gâchis de temps et de livres mais l'avait rendu vigilant – et reparti à bord d'une goélette blanche qui devait en deux mois, rallier Pashamnari et par la même occasion, faire oublier à ce pauvre vieillard, ses malheurs précédents.
Parti en fringuant quarantenaire, Leonius Bowes-Shelley, loin de ne plus être un de ces jeunes premiers - avides jeunes hommes pleins de superbe issus du monde des affaires que l'on appelait " jeunes lions " par chez nous – feu mon grand père en était revenu érodé par le poids d'années qui semblaient avoir compté double. Cependant, Sir Bowes-Shelley paraissait dans ces quelques mois de retrouvailles à la demeure familiale recouvrer à mesure de force promenades et administration du domaine à cheval, une santé que l'on croyait évaporée pour de bon.p)nergie retrouvée, le patriarche de la lignée la partageait avec l'exotique oiseau qui devait se jurait-il, devenir l'emblème de la Maison. Ce que mon père ne goûtait pas, mais j'y reviendrait en un temps ultérieur. En compagnie du gris perroquet, il passait les journées de fin d'automne à, aussi étonnant que cela puisse paraître, se documenter sur la région qui avait vu le décès de son ami, Sir Hillmore. Le lecteur récipiendaire de ma lettre testamentaire pourra y voir la recherche macabre d'une raison quant à la mort de Hillmore, manie d'un vieillard rempli de désillusions. Toutefois, eu égard au respect porté à notre vénérable lignage qui n'a jamais fait défaut à la Couronne, par cet acte
je préfère y déceler un désarroi non maîtrise et une tentative de deuil définitive non faite auparavant. L'ami de la famille contractant un mal si rare que ces pauvres sauvages voyaient dans cette dégénerescence, une empreinte de condamnation divine pour avoir exploré une forêt fluviale sacrée, chose que le peuple autochtone lui même ne s'était jamais permise. Ni mon arrière-grand-père ni ses relations ne savaient vraiment pourquoi et qu’importe ! Esprits tourmenteurs et antiques superstitions n’auraient pu émousser leur volonté. Cette forêt au sol poisseux d’humidité était le foyer d’une espèce d’arbres à essence rare. Le diable lui même ne pouvaient empêcher ces hommes d’accomplir leur ouvrage pour le bien et le confort de notre société.
Quoiqu’il en soit, ces stupides allégations preuves d'un obscurantisme depuis longtemps disparu de nos contrées ne suffiront nullement à faire revenir l'ancien de la famille ou à donner une raison à sa perte, cependant, qu’il m’arrive de me demander...
Et conjure au récipiendaire de ces ultimes mémoires de prier pour le salut de l'âme des grands hommes issus des Bowes-Shelley, tout en pleurant de regrets amers pour n'avoir pas pu apporter ma contribution à cette noble entreprise que fut notre établissement en Inde ni empêcher ce destin, bien qu'il se révèle d'une implacable efficacité.
Un instant, je me retourne. Il est là. Je les entends, ces accents de méchantes promesses de souffrances propre à sa sinistre nature; mais la hâte de consigner par écrit le reste de ce pérygée, évite toute idée de fuite. Fuite qui d'ailleurs n'accélèreraient qu'un peu plus le dénouement de cette tragédie.
Oedipe gagnerait-il à mourir avant son exil à l'antique Colone ? Mon esprit s'égare en tentant une réponse – vaine de toute façon – si bien que je comprends alors que ce tintamarre était celui d'un accès subit d'hallucination désormais si récurrents. Après un instant passé à reprendre un souffle hésitant et irrégulier, je m'attèle à la suite de ma narration.
Le 21 du mois clôturant la douce période de relative sensation de sécurité, Leonius comte de Bowes upon Halliford se mit à réunir les fonds d'une véritable fortune placée dans l'immobilier londonnien. Ces fonds prirent un bon moment à être récupérées suite aux ventes fastidieusement lente et lorsque l’on sait que les comptes familiaux auraient lancés une nouvelle expédition sur l’heure, cela démontre sa volonté de ne pas porter un coup à notre prestigie et notre patrimoine en cas de nouvelle déveine. La somme des expériences autour de l’agonie de Sir Hillmore au Brésil lui avait beaucoup appris. La sagesse acquise au prix de la vie est la plus précieuse.
Ce 21ème jour conclua ces quelques mois de douceurs dans le havre familial bercé par la chute des premières feuilles de marroniers. La fortune était rassemblée et servit à l’achat d’un deux-mâts ventru et des outils nécéssaire Cette matinée où l’Ancien s’habilla en tenue de voyage fut un rappel de la vie qui continuait malgré tout. Nous y vîmes tous le signe qu’elle devait reprendre son cours. Les femmes vivants sur les rives de l’Halliford préparaient le retour des jeunes diplômés ,qui officiers, qui médecins et autres notables, venus célébrer la fin d’un long cursus d’études mené à la capitale, revenaient dans leurs familles auréolés d’un statut social supérieur. Ces demoiselles éclatantes de blancheur étendaient de grandes nappes claires sur de longs traiteaux pour former le banquet qu’un grec ancien n’aurait pas désavoué.
Ainsi donc, jeunes filles, récents lauréats et feu mon arrière-grand-père entamaient un nouveau chapitre dans leur existence. Pour ce dernier, l’heure du départ avait sonné. Une semaine de plus pour préparer les denrées de premier ordre tel que du matériel de stockage lourd et des produits non moins important dans ce genre de périple loins des plaisirs de notre bonne civilisation, quatre caisses contenant le brandy le plus raffiné. Ce chargement à bord, la goélette fit voile vers Pashamnari en une matinée particulièrement brumeuse pour la saison. Contingence climatique qui ne révéla sa troublante ironie que bien des années plus tard. Emmenant sur son pont, un vieil homme à qui la vie semblait vouloir redonner quelque espérance et son ara volens, le vaisseau à faible tonneaux s’éloigna du port. Jamais nous ne le revîmes.

(suite bientôt)
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MessageSujet: Re: Si je reviens....[pas de titre pour l'instant]   Mer 18 Oct à 21:13

Les légers sillons contigus, tracés par la proue du navire sont le seul souvenir qu’il me revient alors que ma petite main infantile demeurait enserrée dans celle chaude et paternelle de l’héritier. Le chemin aqueux creusé par le navire, parallèle, représentait nos vies luttant contre les sommets d’eaux salés. Toujours continuer en sachant que la chute est vertigineuse et sans retour. Et lorsque le vaisseau de la providence dont la route est sinueuse s’en était allé, les sillons se retrouvaient séparés les uns des autres, dérivant au gré du vent comme autant d’élément de notre famille. Je ne sais quand cette idée s’est substituée à cette simple image d’au revoir, mais dès lors elle ne me quitta pas. Or ne dit-on pas que la moindre vague se fait un devoir de revenir mouiller le sable ? Au-delà de l’horizon, une vague plus sombre qui avait caressé la coque du navire était revenue nous arrasser dès que nous tournâmes le dos.
La vie sans notre patriarche nous changea sans tout déstabiliser pour autant. Mon père devînt le Lord gestionnaire de la fortune familaile sur les terres de Bowes; quand bien même Sir Leonius continuait en Inde, le commerce et l’exploitation d’une mine d’argent récemment achetée. On eut dit le partage de l’empire romain séparés par la mer entre deux rois magnifiques. Quelques fois, mon oncle qui préférait le fumoir où raisonnait la musique à l’intendance et aux affaires, m’expliquait que là-bas, à Pashamnari, des petits Indous – la question religieuse n’a jamais été cruciale chez nous – apprenaient notre arbre généalogique et le bien fondé de notre compagnie commerciale. Puis aussitôt, entre deux sourires, racontaient que rien ne serait étonnant si Sahib Léonius Bowes-Shelley fondait une branche à peau noire sur ses terres.
L’idiot, qui en accentuant sur les “Sahib” souillait la mémoire de son propre père. Sa mort fait honneur aux convenances. Elle fut comme sa vie: courte, misérable et ridiculeusement nonchalante. Quand cette branche pourrie de l’arbre ne venait pas sussurer à mon oreille, vêtu des plus beaux oripeaux trompeurs que sont les liens fraternels du sang, j’allais contempler les rares objets que mon grand-père avait ramené du Brésil. Ces artefacts indiens emprisonnés dans les caisses de bois portaient fièrement quelques entailles géométriques à la manière d’un vétéran du Lancashire Fusilliers. Si l’on y regardait de plus près, ces gravures cunéiformes semblaient indiquer en abréviations sybillines, aussi bien le contenu que la zone d’extraction. Les coffres éaient presque tous semblables pour justement faire poser le regard du visiteur sur les deux boîtes au matiériau différent. Pour celles-ci, je n’eus pas de peine à reconnaître le bois blanc exotique, moteur de l’entreprise américaine et des malheurs de Sir Hillmore & Bowes-Shelley. La première fois que j’entrais dans le bureau patriarcal après le départ de mon grand-père fut lors d’une après-midi pluvieuse particulièrement exécrable pour tout petit enfant cherchant à parfaire son jeu au conkers*. Les poches pleines d’ennui, je me décidai à maîtriser mon destin le temps de cette journée bien maussade. Sans volonté prédéterminée, je passai devant le bureau de Lord Leonius situé à l’étage, pour rejoindre le petit salon qui servait de fumoir. J’avais dans l’idée de retrouver le sac de billes que m’avait confisqué mon oncle au cours d’une dispute, quand le patronyme pyrogravé sur la porte du bureau en jolies arabesques sanskrites m’interpella. Je suis absolument certain de les avoir vu maintes fois au paravant, malgré ma petite taille et bien qu’elles contrastassent faiblement du reste de la porte et pourtant.
Pensez-vous que l’on peut vivre toute une enfance chez soi et découvrir encore un bibelot, un interrupteur à gaz, un portrait ou un livre séculaire bien des années plus tard; passant des milliers de fois devant, sans jamais le remarquer ? L’idée me plaît assez.
Ces signes tout droit sorties d’une invocation védique se révélaient à moi pour la première fois. Non pas que la vision des trois mots originalement gravés me surprissent, mais ces courbures, ces boucles vrillées, ces arceaux brisant le rectiligne du dessus des lettres semblaient éroder leur prime signification. Il n’y avait plus rien d’anglais dans ces hiéroglyphe orientaux. Ils auraient aussi bien pu renseigner d’un maharadja ou d’un sorcier vouant un culte secret à Kali la destructrice. Sur l’instant, aucune évocation romanesque ou cliché absurde, le simple blanc face à une découverte annonciatrice de révélations. Résolu à franchir ce portail des mystères, j’arrachai mes yeux à cette écriture ronceuse pour pousser la porte. J’avais huit ans.

Conkers: Jeu typique anglais où il s’agit de briser à l’aide d’un marron attaché à une ficelle celui de l’adversaire sans détruire le sien en un mouvement sec. Tout un savoir-faire se développoe autour du séchage des marrons et la manière de casser le marron de l’adversaire en un coup.
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