Cercle littéraire de l'Encre noire

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 Les durs de la feuille

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Geo

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Nombre de messages : 11
Localisation : Levallois-Perret
Date d'inscription : 26/09/2006

MessageSujet: Les durs de la feuille   Lun 23 Oct à 11:55

1ère édition : Les plaisirs ridicules

Les plaisirs ridicules, ces petits instants où vous vous sentez supérieur, ou vous êtes un autre homme. De la même manière que le personnage principale de American Beauty a sa masturbation matinale, nous avons nos moments de plénitude. Des petites choses qui peuvent paraître anodines mais que nous apprécions tellement. Il y a différentes sortes de plaisirs ridicules: les plaisirs sensitifs, les plaisirs psychologiques et certains qui peuvent mêler les deux. Pour que vous compreniez comment on peut lier ces deux plaisirs prenons un exemple; vous êtes devant un bon gros pavé de bœuf avec sa sauce au poivre et ses patates et là, passe à la télé un programme montrant la faim dans le monde. Deux cas sont alors possibles: ou la vue du morceau de barbaque dans votre assiette commence à vous dégoûter ou vous la déguster encore plus en vous sentant supérieur aux pauvres gamins éthiopiens. Ce plaisir est alors -en plus d’être purement immoral et cruel- sensitif par le goût du bœuf dans votre bouche et psychologique par le sentiment de toute puissance que vous apporte votre vie d’occidentale bureaucrate.

Voyons d’autres exemples.
Vous avez travaillé durement toute la journée dans votre bureau froid et sans couleur. Vous avez mangé au Balto où l’homme qui se fait appeler chef cuisinier confond encore le temps de cuisson de votre onglet avec celui d’un déporté, bref vous n’avez pu manger que les haricots verts qui comme chacun sait sont particulièrement immondes dans ce genre de boui-boui. Quand après la pause déjeuner, vous retournez au boulot vous vous faites engueuler par cet abruti de demi chef qui n’a pas raté sa vie moins que vous et qui pourtant a réussi à décrocher le poste qui lui accorde le droit de critiquer votre travail. Vous avez mal au bide à cause du steak de l‘autre maniaque du four, mais la seule idée d’entrer dans ce qu’on ne peut appeler décemment des toilettes d’entreprise vous fait apprécier cette situation. Vous arrivez près de chez vous, vous vous apprêter à ouvrir la porte de votre immeuble et là que se passe-t-il ? Le bœuf déporté du Balto refait des siennes accompagné par sa copine vessie qui vous crie: « Relâches ton attention une seule fois et j’envoies la sauce ! ». A cet instant, le moindre voisin qui vous salut est un ennemi, mais aucun d’eux ne peut égaler en vicieuse cruauté, votre pire ennemi: la serrure de la porte d’entrée de votre appartement. Pourquoi faut-il que toutes vos clefs se ressemblent ? Et pourquoi faut-il que même après un tour complet de trousseau, cette putain de porte ne soit toujours pas ouverte ? Vous pénétrer dans votre appart’, balancez dans l’entrée votre manteau et votre mallette et prenant soin de claquer aussi fort que possible la porte pour qu’elle se souvienne qu’elle n’est qu’un objet et qu’elle n’a aucun droit de vous torturer ainsi. Les toilettes ! Enfin ! Vous ouvrez la porte avec une bestialité commune à ceux qui pensent à travers leur vessie, mais là malheur ! Pourquoi, ô grand pourquoi, avait-il fallut que vous mettiez une ceinture ce matin ? C’est à ce moment de grand désarroi que vous vous oubliez un peu à la tristesse et que votre vessie vous ricane « Bon je commence sans toi ». Vous baissez votre pantalon, envoyez valdinguer votre caleçon et vous vous posez enfin sur le trône. Jouissance peu commune. Paroxysme de la plénitude. Nirvana de bonheur. Et quand après cet orgasme solitaire, vous vous levez du lieu de votre pouvoir dictatorial et absolutiste, vous vous retournez vers ce qui a été votre partenaire pendant quelques minutes. Et il n’y a alors que la raison humaine et les miasmes que dégage cette horreur brunâtre qui vous empêches de lui tendre une cigarette comme vous la tendriez à une amante. Avouez-le que vous êtes heureux de voir que cela sort de vous, avouez que plus vos excréments sont gros, plus vous éprouvez de plaisirs à les voir, mais vous êtes tout de même à peu près saint d’esprit et vous tirez la chasse d’eau. C’est alors que vous ressentez la jouissance des hommes de pouvoir qui peuvent construire et détruire.

Analyse des plaisirs:

Plaisir sensitif: véritable orgasme lorsque vous déchargiez enfin dans la cuvette.
Plaisir sensitif visuel: contentement à la vue de votre matière fécale baignant dans votre urine.
Plaisir psychologique: sentiment de toute puissance lorsque vous faites se déchaîner les eaux à l‘intérieur sur ce que vous avait engendré.
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-bao-
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Date d'inscription : 19/04/2006

MessageSujet: Re: Les durs de la feuille   Lun 23 Oct à 18:44

1ère édition: les plaisirs MINUSCULES ! (pirateee )

Après celle de Geo, voici la mienne (qui tombe bien dans le HS au bout de quelques lignes enfievrées).






Loin de moi l’envie de traiter d’actes à l’opposé vertigineux du priapisme animal, mais bien d’évoquer de menus instants de félicité quoiqu’il faut bien le dire, souvent proche du ridicule.
Le plaisir qui peut se graduer sur l’échelle de Richter d’un frêle niveau1, l’extinction de l’ordinateur salarial le Vendredi soir par exemple au 12, tremblement capillo-ongulaire roulant sur la Nationale direction endorphine. Oui n’hésitez pas à vous y rendre bien que le sommeil est au bout du…
Le plaisir minuscule se veut intense mais bref, comme la vision du délicieux soufflé au fromage de Mamie qui s’avachit aussi rapidement qu’il a gonflé privant chacun de la pitance dominicale, exception faite de la dizaine de feuille de la salade qui reçoit les regards les plus hostiles.
Ce petit plaisir parcours vos sens l’espace d’un tout petit instant, le temps d’un esquissement de sourire que la commissure des lèvres retombe déjà dans un parfait mimétisme avec la star congelée à l’extrait de pet de chimpanzé ouest-africain. Reste à savoir si ce brutal arrêt se solde par une envie de recommencer tout de suite, chose impossible, le plaisir minuscule est unique et n’est bon que dans sa réussite qu’une fois, ou, par une légère aigreur pour ne pas avoir duré plus que le temps d’un lapin de campagne happé par les phares d’une voiture avant qu’elle ne se jette sur ses côtes friables.
Bon, si l’exemple peut en soit se révéler un menu plaisir pour les plus sanguinaires de nos automobilistes (praticien de la crêpe avec farine animale de rongeur), il vaudrait mieux chercher autre part, un exemple parlant pour tous. Prenons comme sujet d’étude le fauteuil. Oui, le doux et rembourré qui épouse vos formes jusqu’à vous faire ressembler à un morse sur le point de mettre bas, le délicieux fauteuil hypoallergénique (quoiqu’il n’y a pas de souci à se faire, la première patte de chat qui se pose sur le fauteuil et c’est …), ce confortable fauteuil garanti un an contre les lumbago.
Justement ! Notre objet d’étude de plaisirs minuscules, braquez vos yeux dessus et observez :
M. ToutleMonde revient de son boulot après une bonne partie de la soirée bloquée sur le périph’.
Perclus de courbatures, stressé, nerveux à l’idée de recommencer demain, il se prépare au rituel quotidien. Fawsberry lourdaud sur le cuir de vachette et réception au vol du canard régional. Transformation ! Le travailleur hyperactif vient de couper l’alimentation et de se liquéfier sur son trône anti-dérapant made in limousine. Regardons-le ce monsieur ToutleMonde. Vous voyez son petit sourire déjà ruisselant d’un filet de bave de contentement ? Et comble de la poésie lyrique, les soubresauts de sa cage thoracique au rythme de la locomotive nasale. N’en jetez plus, Monsieur est dans le contentement ultime. Mais le temps que le diaphragme se dilate à nouveau (que le morse fasse l’imitation ventrale du Mont Ventoux de manière assez convaincante), Mme ToutleMonde pousse la célèbre réplique du film certains l’aiment chaud : « ça va être froid ».
Alors, à ce moment précis, Monsieur qui gît sur le dos, les membres ballant dans l’air, ouvre les yeux pour s’apercevoir que tout son abdomen est comprimé entre les deux bras du maudit canapé pour nain-que-même-le-chat-n’a-pas-le-droit-de-squatter. Tragédie de notre ère art-déco moderne !
La meilleure technique pour s’extraire de la cangue de cuir anti-tache reste dans tous les cas, la reptation avec aide des avant-bras et compression du postérieur jusqu’à ce que le fauteuil acouche de la masse informe tombé au sol, sous le regard ricaneur des enfants.
Résultat, statut du chef de famille mis en péril, lumbago, déformation du fauteuil (pour les plus vigoureux d’entre nous) auquel cas il faudra le changer et perte des clés dans l’espace minuscule entre le dossier et le coussin qui risque de, au choix :
Voir le fauteuil complètement démembré pour récupérer ce fichu trousseau ou blocage de la main dans l’interstice (ce qui nous fait revenir au choix numéro 1), cercle vicieux de cette industrie diabolique qu’est le mobilier d’appartement en cuir de vachette.
C’est là que M. ToutleMonde se demande pourquoi ces animaux ne sont pas restés à Intervilles plutôt que de gober ses clés juste avant le repas.
Sur ces méditations, Mme ToutleMonde, relève son mari fort de mauvaise humeur et lui annonce que malgré les conseils de Grand-mère, le soufflé au fromage n’a pas tenu.
Y’as des jours comme ça…Merci Idéya !
Exemple précis d’un de ces petits bonheurs brefs, pas fait pour durer que sont la 1ère gorgée de bière du déshydraté chronique, la dernière mousse au chocolat du self qui vous revient ou encore la voiture, qui par temps de pluie, arrose la personne qui est juste devant vous parce qu’elle vous avait nargué à marcher plus vite.
Le plaisir minuscule rythme nos vies, nous l’embellit sensiblement sans qu’on n’y prenne attention et vaut bien quand il est multiple et régulier, un gros bonheur hypothétique qui n’arrivera sans doute jamais.
Alors, accrochez-vous à votre mousse au chocolat et haro sur celui qui double la file d’attente pour ça (les coups de fourchette dans la main ne sont pas de ma responsabilité) et laissez passer l’enquiquineur qui va essorer pour vous le trottoir. Tout ira forcément un peu mieux.

Embarassed
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Meli

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Nombre de messages : 57
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Date d'inscription : 24/04/2006

MessageSujet: Re: Les durs de la feuille   Lun 23 Oct à 18:53

J'adore, c'est merveilleux, c'est fin et lourd à la fois, je ne me vois pas être capable de faire ne serait-ce qu'aussi bien.
(J'espère que vous aurez au moins effleuré un plaisir minuscule en lisant ce post.)
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-bao-
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Nombre de messages : 183
Localisation : Levallois (92)
Date d'inscription : 19/04/2006

MessageSujet: Re: Les durs de la feuille   Lun 23 Oct à 21:55

Merci Mam'zelle.
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Geo

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Localisation : Levallois-Perret
Date d'inscription : 26/09/2006

MessageSujet: Re: Les durs de la feuille   Lun 30 Oct à 3:28

Merci n'aussi ! Very Happy
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Jérémie



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Localisation : Seine-et-Marne, à son grand regret....
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MessageSujet: Re: Les durs de la feuille   Mar 23 Jan à 12:36

Excellent j'adore, Bao, toujours cette plume d'artiste
Geo, c'est aussi Excellent, j'adore aussi
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MessageSujet: Re: Les durs de la feuille   

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